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CNESST · Accident du travail

Puis-je poursuivre mon employeur pour une blessure au travail au Québec ?

L’équipe juridique d’Accident Solution 13 min de lecture
Puis-je poursuivre mon employeur pour une blessure au travail
Dans cet article
  1. La réponse courte
  2. Comment fonctionne le régime sans égard à la faute du Québec (la CNESST et la LATMP)
  3. Quand pouvez-vous poursuivre après une blessure au travail
  4. La réclamation pour l’« excédent »
  5. Poursuite civile ou réclamation à la CNESST
  6. Ne manquez pas les délais
  7. « Poursuivre mon employeur » peut aussi viser ces autres recours
  8. Comment Accident Solution vous aide à comparer la CNESST et une poursuite
  9. Foire aux questions sur la poursuite de votre employeur pour une blessure au travail

Vous vous êtes blessé au travail, les factures s’accumulent et une question difficile s’impose : puis-je poursuivre mon employeur pour une blessure au travail ? La question est légitime, et chargée d’émotion, quand votre revenu et votre santé sont en jeu. La réponse honnête surprend la plupart des gens ; commençons donc par là, puis voyons ce qu’elle signifie au Québec, y compris les situations où vous pouvez réellement poursuivre.

La réponse courte : généralement non, et voici pourquoi

Dans presque tous les cas, vous ne pouvez pas poursuivre votre employeur pour une blessure au travail au Québec. La province applique un régime sans égard à la faute qui indemnise les travailleurs blessés par l’entremise de la CNESST (la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail) plutôt que par une poursuite civile. En échange d’une indemnisation garantie, peu importe qui est en faute, vous renoncez au droit de poursuivre votre propre employeur pour la lésion.

Ce compromis, c’est l’immunité de l’employeur, le recours exclusif à la CNESST : il confère à votre employeur une immunité quasi absolue pour une lésion professionnelle, en vertu de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles, la LATMP. La bonne nouvelle, à l’intérieur de ce « non », est réelle : des exceptions claires permettent de poursuivre, et le régime de la CNESST paie habituellement plus vite et plus sûrement qu’un procès.

Comment fonctionne le régime sans égard à la faute du Québec (la CNESST et la LATMP)

La LATMP repose sur un marché simple. Le travailleur blessé est indemnisé sans égard à la faute et, en retour, l’employeur est à l’abri d’une poursuite civile pour la lésion. Vous n’avez pas à prouver la négligence de votre patron ni à gagner un débat sur le blâme. Si votre blessure survient par le fait ou à l’occasion de votre travail, elle constitue une lésion professionnelle, qu’elle soit physique ou psychologique.

Le marché : une indemnisation garantie en échange du droit de poursuivre

Parce que la CNESST vous indemnise sans débat sur la faute, votre employeur obtient l’immunité contre une poursuite civile pour cette même lésion. La Cour suprême parle d’un pacte social : vous échangez le coût, les délais et l’incertitude d’une poursuite en responsabilité civile contre une voie plus rapide et plus sûre vers vos indemnités, même lorsque personne n’est clairement fautif.

Ce à quoi vous renoncez compte pour la suite. Par la CNESST, vous ne pouvez généralement pas réclamer de dommages pour douleur et souffrance, ni de dommages moraux ou punitifs, comme le ferait un tribunal civil. Ce que vous obtenez en retour est plus stable et plus rapide, ce qui, pour la plupart des travailleurs blessés, correspond exactement au besoin du moment.

Ce que la CNESST vous verse au lieu d’une poursuite

On imagine la poursuite comme la seule façon d’être pleinement dédommagé, mais les prestations de la CNESST sont importantes et arrivent sans preuve de faute. Selon votre dossier, votre indemnisation peut comprendre :

  • Une indemnité de remplacement du revenu (IRR) pouvant atteindre 90 % de votre salaire net pendant votre incapacité de travail
  • Une indemnité forfaitaire pour atteinte permanente, selon le barème des dommages corporels
  • Une indemnité pour préjudice corporel, physique ou psychologique
  • Une aide personnelle à domicile lorsque votre état vous empêche d’accomplir vos tâches quotidiennes
  • Le remboursement des frais médicaux, des traitements et de la réadaptation pour soutenir votre retour au travail

Pour la plupart des travailleurs blessés, cet ensemble est la voie la plus rapide vers la stabilité. La difficulté tient rarement aux prestations elles-mêmes, mais au fait d’obtenir que la CNESST les accorde en totalité ; c’est là qu’interviennent un dossier soigné et, au besoin, une contestation de la décision. Notre guide sur comment déclarer un accident du travail décrit les étapes, et notre survol de ce que couvre la CNESST explique l’admissibilité.

Quand pouvez-vous poursuivre après une blessure au travail : les exceptions

Voici ce que les raccourcis oublient. « Vous ne pouvez pas poursuivre votre employeur » ne veut pas dire « vous ne pouvez poursuivre personne ». L’immunité protège votre propre employeur, et uniquement pour une lésion couverte par la LATMP. Sortez de cette case étroite et le droit de poursuivre revient. C’est souvent là que se trouvent une vraie réparation et une vraie justice.

Poursuivre un tiers responsable de votre blessure

C’est l’exception majeure. Toute personne qui n’est ni votre employeur ni un collègue de travail peut être poursuivie devant les tribunaux civils si sa faute a causé votre blessure, même survenue au travail. Un tiers ne bénéficie d’aucune immunité. Exemples courants :

  • Un conducteur négligent qui vous heurte lors d’un déplacement de travail, un recours qui peut aussi mettre en cause la SAAQ
  • Le fabricant d’une machine ou d’un outil défectueux qui a cédé et vous a blessé
  • Le propriétaire d’un lieu dont un danger vous a blessé, là où votre employeur n’exerce aucun contrôle
  • Un entrepreneur ou un sous-traitant sur un chantier partagé que votre employeur ne possède pas

Dans une affaire québécoise bien connue, un travailleur blessé par l’effondrement d’un escalier dans l’immeuble d’un client a été indemnisé par la CNESST et a tout de même obtenu une somme importante en poursuivant le propriétaire du bâtiment. Comme la réclamation civile n’est pas plafonnée comme les prestations de la CNESST, elle peut inclure la douleur et la souffrance ainsi que la totalité de votre perte. Si votre blessure est survenue sur la route, nos avocats SAAQ pour un accident de la route peuvent vous dire quel régime doit payer.

Poursuivre un employeur autre que le vôtre

La LATMP protège votre employeur, pas tous les employeurs. Vous pouvez poursuivre un employeur autre que le vôtre dans certains cas, par exemple lorsque cet autre employeur a commis un acte criminel, ou pour récupérer le montant par lequel votre perte réelle dépasse la prestation versée par la CNESST. Sur un chantier partagé entre plusieurs entreprises, cette distinction prend une importance énorme.

Poursuivre un collègue de travail (dans des cas restreints seulement)

Un collègue de travail est généralement protégé pour une faute commise dans l’exercice de ses fonctions. En dehors de cette zone, une poursuite civile est possible. L’exemple classique est celui d’un collègue qui vous agresse lors d’une fête organisée par l’employeur, après les heures de travail, pour ses clients. Une telle conduite peut donner droit à une indemnisation de la CNESST et à un recours civil contre le collègue fautif. Lorsqu’un acte criminel est en cause, vous pourriez aussi avoir une voie par l’IVAC ; nos avocats IVAC pour les victimes d’actes criminels peuvent vous l’expliquer.

Quand votre blessure n’est pas une « lésion professionnelle » aux yeux de la loi

L’immunité ne couvre qu’une lésion professionnelle, survenue par le fait ou à l’occasion de votre travail. Si votre blessure échappe à cette définition, le bouclier de la LATMP ne s’applique pas et les règles civiles ordinaires peuvent prendre le relais. C’est une frontière technique, très liée aux faits, et exactement le genre de ligne qu’un avocat est formé à tracer. Se tromper peut vous coûter un recours dont vous ignoriez l’existence.

Un « non » contre votre employeur n’est pas une impasse ; c’est un panneau qui vous oriente vers le bon défendeur.

La réclamation pour l’« excédent » : poursuivre pour ce que la CNESST ne couvre pas

Beaucoup de travailleurs blessés n’entendent jamais parler de cette option. Lorsque vous pouvez poursuivre un tiers responsable, vous n’avez pas à choisir entre la CNESST et le tribunal. Vous pouvez toucher vos prestations de la CNESST et intenter quand même une poursuite civile pour l’excédent, soit le montant par lequel votre perte réelle dépasse ce que la CNESST a versé.

Le piège est procédural et impitoyable. Pour préserver ce droit, vous devez généralement faire un choix formel, une option, et en aviser la CNESST dans les six mois de l’accident. Manquez cette fenêtre et vous pourriez être réputé y avoir renoncé. Une règle de subrogation permet aussi à la CNESST de récupérer auprès du responsable les prestations qu’elle vous a versées. Rien de tout cela n’est intuitif, et tout récompense ceux qui agissent tôt.

Poursuite civile ou réclamation à la CNESST : ce que vous devriez prouver

Les deux voies exigent des choses très différentes de vous. La réclamation à la CNESST est conçue pour la rapidité et la certitude. La poursuite civile est conçue pour une indemnisation complète, mais elle exige une preuve, et le fardeau de la preuve repose sur vous.

  • Fardeau : la CNESST est sans égard à la faute ; vous prouvez une lésion, pas un blâme. La poursuite civile exige de prouver la faute, le préjudice et le lien de causalité qui les relie.
  • Ce que vous récupérez : les prestations de la CNESST suivent un barème fixe et un plafond salarial. La poursuite civile peut viser la totalité de votre perte, y compris la douleur et la souffrance.
  • Rapidité et coût : la voie de la CNESST est plus rapide et gratuite. Le litige civil est plus lent et comporte un coût et un risque réels.
  • Délais : la réclamation à la CNESST se dépose généralement dans les six mois. La poursuite civile est soumise à une prescription de trois ans.

Pour les hauts salariés dont le revenu dépasse le plafond de la CNESST, ou pour des blessures permanentes graves, l’option civile peut valoir bien davantage ; le choix mérite donc une vraie analyse, pas une supposition. Si vous hésitez à faire appel à un avocat, notre texte sur faire appel à un avocat pour un litige CNESST est une lecture utile.

Ne manquez pas les délais

Les délais sont l’endroit où de bons dossiers meurent en silence. Le compte à rebours commence dès que vous êtes blessé ou dès qu’une décision arrive dans votre boîte aux lettres, et les délais québécois sont stricts :

  1. Réclamation à la CNESST : généralement dans les six mois de la lésion.
  2. Option de poursuivre un tiers : aviser la CNESST dans les six mois de l’accident pour protéger votre droit à l’excédent.
  3. Poursuite civile : une prescription de trois ans à compter de la date de la blessure.
  4. Contestation d’une décision de la CNESST : une fenêtre serrée, souvent 30 jours pour la révision administrative, avant que le dossier puisse être porté devant le Tribunal administratif du travail (TAT).

Comme ces délais courent en même temps, une seule date manquée peut fermer une porte pour de bon. Si une décision vous est déjà défavorable, notre survol de comment contester une décision de la CNESST explique les étapes du recours.

« Poursuivre mon employeur » peut aussi viser ces autres recours

Parfois, « poursuivre mon employeur » concerne en réalité autre chose que la blessure physique, et ces recours se situent hors de l’immunité de la CNESST, avec leurs propres règles.

Harcèlement, discrimination et lésion psychologique

Un milieu de travail toxique cause un tort réel. Le harcèlement psychologique, la discrimination et la lésion psychologique qui s’ensuit sont pris au sérieux au Québec, avec plusieurs avenues pour y remédier, de la reconnaissance d’une lésion psychologique par la CNESST aux plaintes en vertu des normes du travail. La bonne voie dépend des faits, et les options ne s’excluent pas mutuellement.

Congédiement injustifié ou représailles après une blessure au travail

Vous ne pouvez pas être congédié simplement parce que vous vous êtes blessé au travail, et vous avez le droit de retrouver votre emploi dans des délais déterminés. Si votre employeur vous congédie ou exerce des représailles parce que vous avez produit une réclamation, il s’agit d’un tort distinct, avec son propre recours, pouvant aller jusqu’à la réintégration. Pour le portrait d’ensemble, voyez notre guide complémentaire : un employé peut-il poursuivre un employeur au Québec.

Comment Accident Solution vous aide à comparer la CNESST et une poursuite

Tout se ramène à une seule décision : réclamer, contester, poursuivre, ou une combinaison, et contre qui. C’est le choix que nous aidons les travailleurs blessés à faire chaque jour. Forts de 30 ans d’expérience en droit administratif québécois et d’une équipe qui jumelle des avocats à des experts en santé et sécurité du travail (SST) à l’interne, Accident Solution bâtit des dossiers solides, que la destination soit la CNESST, le TAT ou un tribunal civil.

Notre modèle est conçu pour être accessible. Vous pouvez être représenté par un avocat ou, à moindre coût, par un expert en recours administratifs, une souplesse rare au Québec ; et les dossiers d’assurance invalidité sont traités à honoraires conditionnels, sans frais en l’absence de gain de cause. Nous travaillons depuis deux bureaux, à Montréal et à Québec, servons des clients partout dans la province et nous déplaçons à domicile quand la blessure ou la mobilité l’exige. La première consultation est gratuite, répondue en moins de 24 heures, sans engagement. Vous pouvez rencontrer nos avocats en accidents du travail avant toute décision, et nos avocats CNESST examineront votre décision, vos délais et vos options, puis vous diront clairement ce qui vaut la peine d’être entrepris.

Vous n’avez pas choisi d’être blessé, mais vous pouvez choisir avec quelle énergie quelqu’un se battra pour vous ensuite.

Foire aux questions sur la poursuite de votre employeur pour une blessure au travail

Puis-je poursuivre mon employeur pour une blessure au travail au Québec ?

Dans presque tous les cas, non. Le régime sans égard à la faute de la CNESST confère à votre propre employeur une immunité contre une poursuite civile pour une lésion professionnelle, en échange d’une indemnisation versée peu importe la faute. Les exceptions importantes visent les tiers, un employeur autre que le vôtre, certaines situations entre collègues, et les blessures qui échappent à la définition légale de lésion professionnelle.

Puis-je obtenir des dommages pour douleur et souffrance par la CNESST ?

Généralement non. Les prestations de la CNESST suivent un barème fixe et n’incluent pas la douleur et la souffrance ni les dommages punitifs comme peut le faire un tribunal civil. Ces montants ne sont habituellement accessibles que par une poursuite civile, ce qui explique pourquoi une réclamation pour l’excédent contre un tiers responsable peut compter autant.

Combien de temps ai-je pour poursuivre après un accident du travail ?

La poursuite civile est soumise à une prescription de trois ans à compter de la date de la blessure, tandis que la réclamation à la CNESST se dépose généralement dans les six mois. Si vous comptez poursuivre un tiers tout en touchant les prestations de la CNESST, vous devez habituellement aviser la CNESST de votre option dans les six mois de l’accident. Comme ces délais courent en même temps, obtenez des conseils tôt.

Puis-je poursuivre si mon employeur a été négligent ou a ignoré les règles de sécurité ?

Au Québec, la négligence de votre employeur ne vous permet pas, à elle seule, de le poursuivre pour une lésion professionnelle. L’immunité est quasi absolue et ne disparaît pas parce que l’employeur a été imprudent, ou même non assuré, contrairement à la règle ailleurs. Vos meilleures options sont généralement un dossier CNESST complet et, lorsqu’il en existe un, une réclamation contre un tiers responsable.

Accepter les prestations de la CNESST signifie-t-il que je renonce à mon droit de poursuivre ?

Accepter les prestations de la CNESST n’efface pas une réclamation valide contre un tiers responsable, mais les règles entourant l’option et le délai de six mois sont strictes. Pour garder à la fois vos prestations et un recours civil, parlez à un avocat avant que les délais n’expirent.

À noter : cet article est de nature informative et ne remplace pas un avis juridique adapté à votre situation.

Rédigé par l’équipe juridique d’Accident Solution

Cabinet d’avocats membres du Barreau du Québec, experts en indemnisation CNESST, SAAQ, IVAC et assurance invalidité. Bureaux à Montréal et à Québec. Rencontrez nos avocats